Réseaux sociaux d'entreprise : vertus, usages et risques
Publié in http://www.focusrh.com/ , le 12/05/2011
Pour Ziryeb Marouf, président de l’Observatoire des réseaux sociaux d’entreprise et auteur de l’ouvrage « Les réseaux sociaux numériques d’entreprise, état des lieux et des raisons d’agir », paru en mars dernier aux éditions L’Harmattan, les entreprises ne pourront bientôt plus faire l’impasse sur les réseaux sociaux d’entreprise. Voici pourquoi…
Quelles sont selon vous les principales vertus des réseaux sociaux d’entreprise ?
Pour moi, leur principale valeur ajoutée ne réside pas dans l’augmentation de la productivité ou le retour sur investissement qui sont mis en avant par les éditeurs de solutions. C’est vrai que ces nouveaux espaces collaboratifs permettent d’être plus productifs et de partager les savoirs, mais finalement, ce n’est pas cela qui est nouveau. Tous les outils de groupware comme les forums de discussion, le mail, les agendas et les bibliothèques de documents partagés permettaient déjà de gagner en productivité. Ce qui est nouveau, c’est que les réseaux sociaux d’entreprise favorisent le lien social, mais aussi l’engagement et l’implication des collaborateurs. Ce faisant, l’entreprise renforce aussi le sentiment de fierté d’appartenance à un grand tout, dans lequel chaque collaborateur a la possibilité d’être acteur. J’ajouterai que dans un contexte d’inversion de la pyramide des âges, les besoins de recrutement des entreprises seront énormes d’ici cinq ou dix ans. Or aujourd’hui, pour recruter des candidats de la génération Y, les entreprises ne peuvent plus se contenter de véhiculer leur image employeur sur les réseaux sociaux publics comme Viadeo ou LinkedIn. Elles doivent aussi leur offrir des outils et des usages en phase avec cette image, sous peine de voir se développer chez eux une grande frustration. Et croyez moi, lorsque ceux-ci quitteront l’entreprise, ils lui feront une publicité extraordinaire, mais dans le mauvais sens du terme.
Quels sont les principaux usages sur les réseaux sociaux d’entreprise ?
On retrouve aujourd’hui dans les entreprises exactement les mêmes segmentations que dans les réseaux grands publics. En schématisant, vous avez aujourd’hui trois grands types d’usage. Les collaborateurs les utilisent d’abord pour échanger et mieux se connaître. Il s’agit là d’une extension de l’annuaire des collaborateurs, auquel on a ajouté la gestion de profils riches qui vont permettre aux collaborateurs d’expliquer ce qu’ils ont fait avant d’intégrer l’entreprise, ce qu’ils font aujourd’hui en dehors de l’univers professionnel… Le second usage concerne le contenu. Sur les réseaux sociaux d’entreprise, les collaborateurs ont la possibilité de s’exprimer à travers un blog, des vidéos qu’ils partagent… Le troisième axe, qui est absolument majeur, c’est celui de la communauté et de la collaboration en mode projet. Les réseaux sociaux d’entreprise abritent des communautés d’intérêt ou d’entraide, initiées par les collaborateurs ou par l’entreprise lorsque celle-ci veut co-construire, avec ses équipes, sur des thèmes comme le développement durable ou la place du handicap.
Quelles sont les précautions à prendre lorsque l’on décide d’implanter un réseau social d’entreprise ?
Le premier risque, qui existe aussi sur la toile, c’est celui du non-respect de la vie privée. L’usage des informations personnelles par l’employeur reste quelque chose qui fait très peur aux collaborateurs. Il y a donc un certain nombre de garanties à leur apporter pour les prémunir contre ce risque. Le deuxième danger est celui de la confidentialité des données qui préoccupe beaucoup les directions informatiques. Certaines entreprises ont d’ailleurs adopté des chartes afin de la garantir. La troisième menace importante est celle du contournement institutionnel. Nous assistons, avec les réseaux sociaux, à une véritable révolution copernicienne qui remet tout à plat. Dans ce contexte, les utilisateurs pourraient avoir la tentation d’outrepasser les processus existants pour aller directement à la source. Or, dans toute organisation, il y a des process à respecter. Par exemple, même si les réseaux sociaux d’entreprise permettent de mieux identifier les talents dans le cadre d’une mobilité interne, il faut continuer à publier systématiquement les offres de poste... Le dernier risque majeur, notamment dans les grands groupes, c’est celui de la fracture numérique. Si le réseau social de l’entreprise ne s’adresse qu’aux geeks ou à la génération Y, le reste de la population sera laissé de côté. Or, dans la plupart des entreprises, la moyenne d’âge est relativement élevée. Pour éviter de tomber dans ce piège, il faut mettre en place des focus group en amont du déploiement de l’outil afin d’écouter les peurs et les attentes, mais aussi d’imaginer les leviers qui vont permettre de faciliter l’adoption des usages.
Propos recueillis par Yves Rivoal











